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Le Papillon..conte d'Andersen .

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Le Papillon..conte d'Andersen .

Message par GABRIELAH le Dim 22 Nov - 14:06



Le papillon veut se marier et, comme vous le pensez bien, il
prétend choisir une fleur jolie entre toutes les fleurs. Elles
sont en grand nombre et le choix dans une telle quantité est
embarrassant. Le papillon vole tout droit vers les pâquerettes.
C'est une petite fleur que les Français nomment aussi
marguerite. Lorsque les amoureux arrachent ses feuilles, à
chaque feuille arrachée ils demandent : - M'aime-t-il ou
m'aime-t-elle un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout ?
La réponse de la dernière feuille est la bonne. Le papillon
l'interroge :

- Chère dame Marguerite, dit-il, vous êtes la plus avisée de
toutes les fleurs. Dites-moi, je vous prie, si je dois épouser
celle-ci ou celle-là.
La marguerite ne daigna pas lui répondre. Elle était
mécontente de ce qu'il l'avait appelée dame, alors qu'elle était
encore demoiselle, ce qui n'est pas du tout la même chose. Il
renouvela deux fois sa question, et, lorsqu'il vit qu'elle gardait
le silence, il partit pour aller faire sa cour ailleurs. On était
aux premiers jours du printemps. Les crocus et les
perce-neige fleurissaient à l'entour.

- Jolies, charmantes fleurettes ! dit le papillon, mais elles ont

encore un peu trop la tournure de pensionnaires. Comme les
très jeunes gens, il regardait de préférence les personnes plus
âgées que lui.

Il s'envola vers les anémones ; il les trouva un peu trop amères

à son goût. Les violettes lui parurent trop sentimentales. La
fleur de tilleul était trop petite et, de plus, elle avait une trop
nombreuse parenté. La fleur de pommier rivalisait avec la
rose, mais elle s'ouvrait aujourd'hui pour périr demain, et
tombait au premier souffle du vent; un mariage avec un être si
délicat durerait trop peu de temps. La fleur des pois lui plut
entre toutes ; elle est blanche et rouge, fraîche et gracieuse ;
elle a beaucoup de distinction et, en même temps, elle est
bonne ménagère et ne dédaigne pas les soins domestiques. Il
allait lui adresser sa demande, lorsqu'il aperçut près d'elle
une cosse à l'extrémité de laquelle pendait une fleur desséchée
:
- Qu'est-ce cela ? fit-il.


- C'est ma sœur, répondit Fleur des Pois.


- Vraiment, et vous serez un jour comme cela ! s'écria le

papillon qui s'enfuit.

Le chèvrefeuille penchait ses branches en dehors d'une haie ;

il y avait là une quantité de filles toutes pareilles, avec de
longues figures au teint jaune.

- A coup sûr, pensa le papillon, il était impossible d'aimer

cela.
Le printemps passa, et l'été après le printemps. On était à
l'automne, et le papillon n'avait pu se décider encore. Les
fleurs étalaient maintenant leurs robes les plus éclatantes ; en
vain, car elles n'avaient plus le parfum de la jeunesse. C'est
surtout à ce frais parfum que sont sensibles les cœurs qui ne
sont plus jeunes; et il y en avait fort peu, il faut l'avouer, dans
les dahlias et dans les chrysanthèmes. Aussi le papillon se
tourna-t-il en dernier recours vers la menthe. Cette plante ne
fleurit pas, mais on peut dire qu'elle est fleur tout entière, tant
elle est parfumée de la tête au pied ; chacune de ses feuilles
vaut une fleur, pour les senteurs qu'elle répand dans l'air.
«C'est ce qu'il me faut, se dit le papillon ; je l'épouse. » Et il
fit sa déclaration.

La menthe demeura silencieuse et guindée, en l'écoutant. A la

fin elle dit :

- Je vous offre mon amitié, s'il vous plaît, mais rien de plus. Je

suis vieille, et vous n'êtes plus jeune. Nous pouvons fort bien
vivre l'un pour l'autre ; mais quant à nous marier … sachons à
notre âge éviter le ridicule.

C'est ainsi qu'il arriva que le papillon n'épousa personne. Il

avait été trop long à faire son choix, et c'est une mauvaise
méthode. Il devint donc ce que nous appelons un vieux garçon
L'automne touchait à sa fin ; le temps était sombre, et il
pleuvait. Le vent froid soufflait sur le dos des vieux saules
au point de les faire craquer. Il n'était pas bon vraiment de se
trouver dehors par ce temps-là ; aussi le papillon ne vivait-il
plus en plein air. Il avait par fortune rencontré un asile, une
chambre bien chauffée où régnait la température de l'été. Il y
eût pu vivre assez bien, mais il se dit : « Ce n'est pas tout de
vivre ; encore faut-il la liberté, un rayon de soleil et une petite
fleur. » Il vola vers la fenêtre et se heurta à la vitre.

On l'aperçut, on l'admira, on le captura et on le ficha dans la

boîte aux curiosités. « Me voici sur une tige comme les fleurs,
se dit le papillon. Certainement, ce n'est pas très agréable ;
mais enfin on est casé : cela ressemble au mariage. » Il se
consolait jusqu'à un certain point avec cette pensée. «C'est
une pauvre consolation », murmurèrent railleusement
quelques plantes qui étaient là dans des pots pour égayer la
chambre. « Il n'y a rien à attendre de ces plantes bien
installées dans leurs pots, se dit le papillon ; elles sont trop à
leur aise pour être humaines. »


Hans Christian Andersen (1805-1875)
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GABRIELAH

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Re: Le Papillon..conte d'Andersen .

Message par AvAnarah Israel le Lun 23 Nov - 13:43

Pauvre petit papillon,a force de papilloner il s'est égaré,il aurait dû écouter son coeur qui l'aurait guidé vers le bonheur ..Belle métaphore Gaby j'ai souri en lisant ce conte en tout cas très pertinente..
Belle journée a toi mon amie ..!!

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